Allez, un peu de littérance.
« Après quelques minutes d’attente infructueuse, il se décida enfin à traverser la rue et poussa la porte du troquet qui le lorgnait avec avidité.
Le patron du Café de la Marne le toisa pour sa part avec beaucoup plus de circonspection, voyant entrer dans son établissement cet étrange jeune homme à l’allure légèrement débraillée dont il observait avec attention les moindre faits et gestes depuis que les deux collégiennes s’en étaient éloignées avec précipitation. On pouvait déconner avec beaucoup de choses à son comptoir, mais pas avec la pédophilie, et ce pervers allait voir de quel bois il se chauffait s’il se permettait le moindre commentaire déplacé. on en entendait pourtant des vertes et des pas mures, dans cet endroit hors du temps, où des chauffeurs de taxi aux pommettes rougeaudes venaient refaire le plein de liquide sous les lumières blafardes des néons où ils se sentaient tous un peu comme chez eux, entre odeurs de souper déjà froid qui émergeaient de la cuisine et les cris féroces du petit dernier qui, au premier étage et à deux mois révolus, reprochait déjà ardemment à ses parents de l’avoir mis au monde. Salauds de commerçants de droite, pensait le marmot en chiant voluptueusement dans ses couches propres. Salaud de pervers, pensait le patron du Café de la Marne en servant d’une main un demi de bière au nouvel arrivant. Salaud d’étudiant gauchiste, pensèrent de concert les deux taxis accoudés au comptoir en toisant l’intrus. Putain de lutte des classes, se dit Simon en avalant sa première gorgée. La bière était tiède et pleine de mousse, bien évidemment, mais Simon fit comme si de rien n’était et, arborant un large sourire, se dirigea vers une table de coin depuis laquelle il possédait un magnifique point d’observation sur la porte en bois du n°30.
Simon en était à son deuxième verre et avait commencé à apprivoiser l’ours derrière son comptoir, en commentant avec une rare emphase le dernier match du Paris Saint Germain. Un fan du PSG ne pouvait pas être foncièrement méchant, surtout lorsqu’il est doté d’une parfaite mauvaise foi et d’un léger accent du sud-ouest, se dit le gérant du Café de la Marne en lui remettant d’office une troisième bière sous le nez. Simon le remercia et trinqua avec lui à la santé de Saint Antoine Kombouaré. »
Si vous aimez les récits cohérents sans digressions et absurde, l’hermétisme entre les styles, l’absence d’ironie acide, d’associations libre et de jeux de mot pourris, le pragmatisme, l’humour convenu, le respect des faits historiques, Guillaume Musso, la compagnie créole, les concierges, Alain Jupé, Garou, ne lisez pas ce livre.
Sinon, bien que l’intrigue souffre à certains moments de petits raccourcis frustrant, et de certains manque d’approfondissements qui apporteraient au récit plus de compréhension et de crédit, ça se lit comme on boirait du petit lait coupé au genépi; ça passe tout seul dans le gosier, remue quand même l’estomac l’estomac, reste parfois au travers de la gorge, et on rigole vite bêtement tout seul. Et ils meurent tous à la fin.
James Blake – We Might Feel Unsound
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James Blake – Tep and The Logic
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Extrait de Comment l’homme qui prenait tout son temps faillit bien le perdre pour de bon…, de Nathanaël Jo Hunt, aux éditions Bijoux de Famille
Pic: Amy stein




